29/03/2013

Auschwitz, le mot impossible

 

Auschwitz, le mot impossible

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Chaque fois, je tente de dire Auschwitz

Mais les mots se dérobent sous moi,

Retirant la terre qui porte ma douleur,

Imposant un silence de mort à ma voix.

Chaque année, je prends le Ciel à témoin,

La terre me refuse son soutien;

Le corps des mots git dans les charniers

Mélangés aux os de leurs corps décharnés.

Laissez-moi vous dire,

Laissez-moi témoigner,

Oui, la terre a ouvert sa bouche,

Le gouffre les a avalés.

Je suis ce gouffre

Et cette chair brûlée,

Je suis ce cri qui meurt dans ma bouche,

Je suis leurs voix étranglées.

Cette année encore,

Approchant de l'abîme

Mes pieds au bord du Vide,

Je pleure et j'implore.

Laissez-moi vous dire,

Laissez-moi témoigner,

Le Ciel s'est ouvert pour les engloutir

Et la nuit les a emportés.

Je suis une petite fille avec des nattes brunes,

Je marche dans la file, entourée de la brume;

Le regard fixé sur mes chaussures,

Je rêve de la belle lune.

Je suis cette petite fille avant que d'être née,

Je marche et marche encore,

Il me semble que je marche pour l'Eternité;

Sur moi, brille une douce étoile en or.

Laissez-moi vous dire,

Laissez-moi témoigner,

La terre et le ciel sont complices,

Leurs indifférences m'ont assassinée.

Dans les chambres à gaz, ils se déshabillaient,

Confiants aux crochets, juste pour un instant

Leurs vêtements retirés,

Répétant pour après, le nombre du crochet, inlassablement.

Je suis l´Instant qui attend

Leur retour depuis la nuit des temps,

Je suis leurs pauvres vêtements

Pendus aux crochets de leurs instants.

Laissez-moi dire,

Laissez-moi témoigner,

Sur la terre, ils vont revenir

Pour en hériter et l'habiter.

Six millions de numéros

Gravés sur leurs peaux,

Tissent dans mon âme

Le vêtement de l'infâme.

Mes morts ne reposent pas

Et le monde continue de tourner,

La terre accuse le Ciel de sa beauté

Et le ciel accuse la terre de son iniquité.

Je voudrai savoir dire,

Mais je ne sais témoigner;

A nouveau, le monde accueille le pire,

Complaisant, il respire le Mal qui renaît.

L´étoile était bien jolie

Elle me parlait d'Infini,

Mais dans le regard des grands,

Elle signifiait la terrible nuit.

J´étais une petite fille au regard de lune,

Sa main tenait la mienne si fort;

Elle s'est pourtant perdue dans l'amertume,

Avec elle, j'ai perdu mon étoile d´or.

Je ne sais plus comment dire,

Les mots se sont échappés,

Je voudrai juste dormir

Et avoir rêvé.

Les forets sans honte glorifiaient le ciel,

Et les montagnes sentaient bon le petit bonheur

Tandis que sur des rails qui mènent vers l'horreur,

Les trains emportaient les enfants d'Israël.

Coupable, la nature est coupable

D'avoir permis outrageusement

Que la beauté du monde s'offre en spectacle,

Alors que l'odeur de la chair de mon peuple parfumait les villages avoisinants.

Non, je ne sais pas dire

Et je ne puis témoigner;

Je sais juste accueillir

Leurs présences oubliées.

Dieu a caché son visage,

Ils ont été anéantis;

Et moi, je n'ai plus d'âge,

Je suis la gardienne de leurs vies.

Mes larmes viennent de la nuit des temps

Et Dieu pleure avec moi,

Elles qui sont le fruit amer de tous leurs sangs,

Dieu refuse qu'elles ne sèchent jamais.

Je ne sais pas dire,

Je ne sais pas témoigner,

Je ne suis que délire,

Un hurlement qui se tait.

Je suis hier et je suis aujourd'hui,

Je suis cette petite fille perdue dans la nuit,

Je suis leurs voix étouffées,

Je suis leurs regards mutilés.

Je suis le gouffre béant,

Je suis ces corps qui tombent,

Je suis l'odeur de la chair calcinée,

Je suis votre part d'ombre.

Je ne saurai jamais dire,

Je ne sais que prier

Pour que jamais le Pire

Ne soit oublié.

Je devine le lieu de votre dernière demeure,

Enfants de mon peuple assassinés,

Bien-aimés qui me demandaient

De témoigner pour vous contre la terreur.

Vos sangs couleront dans les veines de l'arbre de Vie

Dont les belles racines plongent si près de Sa Lumière;

Vos âmes fleuriront dans le jardin de l'Infini;

Pour l'heure, elles éclairent mon cœur de votre douleur.

Je suis une petite fille avec des nattes brunes…

http://www.juif.org/le-mag/263,auschwitz-le-mot-impossibl...

21:26 Écrit par consolez, consolez mon peuple dans Auschwitz Le Camp, Citations, poèmes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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