20/04/2012

Exclusif Israël Infos - Israël n'est pas né de la Shoah - Einat Wilf, députée à la Knesset

Exclusif Israël Infos - Israël n'est pas né de la Shoah - Einat Wilf, députée à la Knesset


par Israel Infos Redaction
Alors qu'Israël marque le Yom Hashoah, nombreux sont ceux, dans le monde, qui vont lever les yeux au ciel : revoilà les sionistes qui utilisent leur précieux holocauste pour justifier l'existence de leur état, leur puissance, leurs fautes, se réjouissant d'un monde condamné au silence.

Il y a ceux qui pensent – trop nombreux – que sans la Shoah, il n'y aurait pas eu Israël.
La plupart d'entre eux le pensent de bonne foi.

Le Président américain lui-même, dans son "discours du Caire" le 4 juin 2009, a parlé de "la reconnaissance de l'aspiration des juifs à un foyer national est enracinée dans une tragédie historique qui ne peut être niée".

Mais alors que tant de gens pensent que sans la Shoah, Israël n'aurait pas existé, ceux qui veulent raser Israël de la carte et des mémoires, ou l'isoler parce qu'il serait illégitime, ne supportent pas l'évocation de la Shoah, ni son association avec Israël.

Le Président américain a voulu se dresser contre la négation de l'holocauste dans une capitale du monde arabe.
Il n'a pas compris qu'en réaffirmant la dangereuse équation qui lierait Israël à la Shoah, il raviverait la motivation de certains à nier la Shoah, ceux la même qui continuent à affirmer, comme ils l'ont toujours fait, qu'Israël n'est pas un état légitime.

La négation de la Shoah, sa minimisation (6 millions est un chiffre exagéré), son "égalisation"("il y a eu d'autres génocides, d'autres nettoyages ethniques, la Shoah n'est pas différente), son inversion ( "ce que les nazis ont fait aux juifs n'est rien d'autre que ce que les juifs font à d'autres"), sa marginalisation (" d'autres gens ont été tués durant la guerre"), ou encore la Shoah par "association" ("les palestiniens sont des victimes collatérales de l'Holocauste") sont des facettes différentes – mais les mêmes facettes – d'une tentative de priver Israël de ce qui semble être une puissante et irrécusable source de légitimité.

Le "canard" (information dépourvue de fondement, Ndlr) selon lequel "les palestiniens seraient des victimes secondaires des crimes commis en Europe" est le pire de tous ces mensonges, qui peut cependant sembler logique à toute oreille non avertie.

Dans cette fable, après la seconde guerre mondiale, quand il devint clair que la solution finale n'était pas finale, et que les juifs survivants n'étaient pas les bienvenus en Europe, les européens auraient décidé de "déverser" leurs juifs sur des arabes sans défense qui vivaient dans des pays contrôlés par l'Europe coloniale.

Cette solution, commode pour l'Europe, aurait conduit au déplacement de centaines de milliers de palestiniens, qui se seraient ainsi retrouvés sans terre, et occupés depuis lors.

Israël n'existe pas parce que les européens ont déversé leurs juifs dans un Moyen-Orient colonisé. Israël existe parce que les juifs ont ardemment souhaité son existence.

L'état moderne d'Israël existe parce que les juifs qui l'ont créé se sentaient les descendants des israélites et des judéens qui furent souverains sur cette terre dans les temps anciens, et qu'ils ont payé le prix fort pour préserver leur existence en tant que peuple.

L'état moderne d'Israël existe car pendant des siècles, des millénaires, les juifs ont gardé le désir d'Israël, terminant le Seder de Pessah par ces mots : "l'an prochain à Jérusalem".

L'Etat moderne d'Israël existe grâce à des penseurs et leaders juifs visionnaires qui ont réalisé que les bouleversements qui se produisaient offraient une opportunité de transformer le souhait messianique du retour en Israël en un projet politique, et ont été capables de mobiliser des sympathies et des soutiens à leur projet.

Le Président Obama avait raison lorsque, dans son discours devant l'AIPAC (American Israel Public Affairs Committee, un groupe de soutien à Israël créé en 1951, Ndlr) le 4 mars 2012, il a parlé de Shimon Peres comme ayant "toujours son cœur en Israël, la patrie historique du Peuple juif.

Israël a vu le jour après la seconde guerre mondiale, non pas "grâce" à la Shoah, mais grâce à la dissolution de l'empire britannique.

Tout comme l'Inde et le Pakistan, - qui n'ont pas connu d'Holocauste – ont accédé à l'indépendance, il en aurait été de même pour Israël.
Penser que seul ce Mal absolu contre les juifs aurait pu légitimer un état pour les juifs, revient à nier aux juifs ce qui a été accordé aux autres.

Tôt ou tard, le peuple juif aurait créé son état, dans la vague de libération des peuples partout dans le monde.
Sa vision, sa détermination, son travail et sa volonté de lutter pour son état l'auraient garanti.
Présenter Israël comme le résultat de la Shoah, c'est s'engager dans la négation du sionisme.

Cela revient à voler aux juifs leur solidarité, leur histoire, leur lien historique à la terre d'Israël et leur désir d'y retourner.

Cela revient à effacer tout ce qui a été rêvé, écrit, fait et accompli par le sionisme avant la seconde guerre mondiale.

Cela fait d'Israël un projet colonial issu de la culpabilité européenne, au lieu d'un projet de libération nationale d'un peuple indigène réclamant sa terre natale.

En commémorant la Shoah, Israël ne pleure pas seulement ce qui a été, et est perdu, mais également la plus grande tragédie, le plus grand échec du Sionisme.

Les israéliens ne se "réjouissent" pas de la Shoah comme d'une source de légitimité pour leur état. Ils pleurent une vision d'un état qui aurait être la demeure de tant d'autres, désormais disparus.

"Plus jamais ça" a-t-on proclamé après la Shoah.
Ce n’est pas pour cela que le Sionisme a voulu un état pour les Juifs, mais c'est parce que cet état existe que cela n'arrivera plus.

Einat wilf, députée à la Knesset

Einat Wilf dirige le courant "Haatzmaout" (Indépendance) à la Knesset; elle est par ailleurs Présidente de la commission de la Knesset chargée des relations entre Israël et les communautés juives.
www.wilf.org

22:11 Écrit par consolez, consolez mon peuple dans Camps | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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